Les Bā Guà & le YI JING
Fou Xi, personnage mythique de l’antiquité a parmi ses nombreuses contributions civilisatrices été créateur des caractères chinois. Souhaitant représenter symboliquement les mouvements énergétiques du monde, il figura le Yin – – et le Yang —. Le Yang est représenté avec une ligne continue. Le Yin est représenté avec une ligne discontinue. L’énergie de vie est générée par le mouvement de ces deux forces. La position et la valeur de chaque trait dans le trigramme rend compte du dynamisme de la force représentée.
Les deux traits ont d’abord été combinés par couple puis en trois lignes ou trigrammes représentant les trois strates Terre-Homme-Ciel. Les 8 trigrammes (Bā Guà) sont ainsi créés à partir de 8 combinaisons de ces traits. Ils symbolisent la cosmologie chinoise née de l’interaction du Yin et du Yang et matérialisent la croissance du Yin et du Yang dans l’espace et le temps.
Bā Guà du ciel antérieur : symbole cosmologique décrivant les principes de l’univers avant sa création, sans mouvement, ni temps ni espace. Cet ordre des huit trigrammes du Ciel Antérieur présente l’ordre cosmique idéal qui correspond à la théorie.
Chacune de ces forces émane de l’énergie cosmique pure. Elles produisent des actions particulières dans le domaine terrestre selon leurs natures. Chacune englobe un grand nombre de significations : qualité propre, activité, direction, saison, couleur, planète, organe, etc.… Toutefois chaque élément n’existe jamais isolément, ils sont dynamiques en constante interaction les uns avec les autres.
Bā Guà du ciel postérieur : symbole cosmologique décrivant les principes de l’univers après sa création, en mouvement, avec le temps et l’espace.
Le « Ciel postérieur » se manifeste sur Terre et le « Ciel antérieur » manifeste les phénomènes formés dans le Ciel. Chaque Bā Guà représente un cycle – Fu Xi, Ciel antérieur – Roi Wen, Ciel postérieur. A chaque trigramme du Ciel postérieur correspond un trigramme du Ciel antérieur et réciproquement. A chaque trigramme du Ciel antérieur correspond un trigramme du Ciel postérieur. Les trigrammes se suivent en alternance entre le Ciel postérieur et antérieur et ainsi une dynamique se crée.
En modélisant la dynamique énergétique, les Chinois ont divisé en 8 trigrammes les forces de la Nature : le Ciel, la Terre, le Vent, les Montagne…
Puis les trigrammes ont évolué en Hexagrammes au XIIème siècle avant notre ère grâce à Ji Chang, un seigneur du clan Zhou emprisonné à cause d’une rivalité politique. A partir des huit trigrammes attribués à Fu Xi, il les combina systématiquement deux par deux : un trigramme du bas, un trigramme du haut. L’hexagramme est un arrangement de six traits continus et discontinus superposés qui se lisent de bas en haut. Les six lignes sont représentées deux par deux pour matérialiser la Terre, l’Homme et le Ciel. Huit fois huit donneront les soixante-quatre hexagrammes (六十 四卦), soixante-quatre figures reproduisant les transformations possibles de l’énergie et traduisant soixante-quatre situations fondamentales de l’existence humaine.
A la source du Yi Jing la relation à la Nature et au modèle intrinsèque du changement – Yin et Yang. A l’origine de celui-ci, un simple bâton planté en terre faisant ombre portée pour mesurer la course du soleil. Le gnomon devient l’outil d’observation des mutations des phénomènes naturels ; celles-ci sont transcrites sur un cercle pour une durée annuelle. Tout dans l’univers est soumis à cette dualité, nul ne peut se soustraire au processus : apparition, croissance, zénith, décroissance et disparition. La réalité se manifeste au travers des transformations de l’énergie, de la vie. La pensée taoïste est systémique car elle s’intéresse à la fois aux relations qui se tissent entre les choses et aux changements qui s’opèrent continuellement. En cela, elle se rapproche étrangement des découvertes de la physique moderne démontrant que pour qu’un objet existe il doit établir des liens avec d’autres objets. Les Taoïstes pensaient le changement sous forme spiralée. Rien ne reste figée et rien ne revient exactement à l’identique.
Fort de ce travail d’observation minutieuse des cycles de mutations depuis des millénaires accompagné d’une analyse approfondie de ces effets, un ouvrage est né, le livre des transformations. Il est le plus ancien de la pensée chinoise et est toujours en usage aujourd’hui dans de très nombreux pays du monde. Ce n’est pas un récit, ni un ensemble de lois prédictives c’est une architecture combinatoire composé de soixante-quatre motifs de six lignes chacune ou hexagrammes. Chaque hexagramme porte une signification particulière. Chacun peut être stable ou muter, 4 096 configurations sont possibles. Un nombre suffisant pour raconter la quasi-totalité des situations humaines.
Le Yi Jing est aussi un système de divination. Dans la cosmogonie taoïste, le Grand Yi ( 太易 ) est la divinité du mouvement et du changement, celle qui fait naître le Ciel et la Terre et anime la respiration du Tao 道. Le caractère Yi 易 associe le Soleil ⽇ à wù 勿 au geste du retournement. Il signifie lumière en transformation, passage du visible à l’invisible. Une métamorphose orchestrée par une présence divine qui s’exprime à chaque instant dans la circulation du temps, des saisons, du destin, de la conscience, …
En entrant dans la pratique du Yi Jing, nous acceptons d’entrer en résonance avec le Grand Yi donc d’écouter la voix du Ciel et d’accepter d’apprendre à changer sans perdre son libre arbitre. Interroger une dimension supérieure, en toute humilité et sur des sujets importants, afin de recueillir des informations pour mieux canaliser nos intuitions, lever nos doutes, prendre nos décisions avec plus de justesse.
Le Yi Jing est un outil d’aide à la décision car il va nous aider à zoomer sur ce qui se joue derrière les apparences d’une situation. Interroger le flux du changement pour mieux comprendre la direction que prennent les événements. Par la compréhension du Yin et du Yang dans le cycle, nous allons répondre à plusieurs questions : Quel est le processus en cours sous-jacent que je suis en train de vivre ? Dois-je agir ou m’abstenir ? A quel moment ? Quel comportement adopté ?
Il existe deux types de Ji Jing :
- Dit confucéen : après tirage des hexagrammes, la lecture du texte correspondant à l’hexagramme tiré est interprété afin de comprendre les forces en présence, les tendances qui se dessinent, et d’éclairer le chemin à suivre.
- Taoïste : approche plus technique, l’hexagramme tiré est identifié en relation avec les cycles de vie des 8 hexagrammes purs et des 56 autres. A chaque trait de l’hexagramme est associé plusieurs objets (branches, troncs, éléments). Ne s’appuyant pas sur des archétypes de situation, l’interprétation est plus fiable et mieux temporisée.