Le Tao ou suivre la voie naturelle
“TAO/DAO” (DAO en pinyin est un mode conventionnel récent de translation des idéogrammes et sons chinois vers l’alphabet latin).
Ce sinogramme est formé de deux parties : à droite le signe de la tête, à gauche celui de la marche. L’idée est polysémique, celle donnée par les taoïstes désigne le mouvement spontané de tout ce qui existe. Il ne peut être enfermé dans une définition mais plusieurs significations lui sont attribuées. Il est à la fois l’essence de toute chose, l’origine de toute existence, l’ordre fondamental, la loi cosmique et personnelle et enfin la voie.
Le premier à avoir évoqué la notion de TAO est le philosophe Chinois Lao Tseu ayant vécu au V° siècle avant Jésus Christ. Selon la légende, sa mère le conçut d’un rayon d’étoiles (YIN) et le porta 81 ans (9 fois 9 – YANG) en son sein. Plus étonnant encore, il vint au monde avec les cheveux et les sourcils blancs. C’est pourquoi on le nomma le « vieillard enfant ». Il écrivit son œuvre, le TAO TE KING, sur le chemin de sa retraite avant de disparaître tout aussi mystérieusement qu’il apparut. Certains pensent qu’il n’a jamais existé et que les quatre-vingt-un chapitres du Tao Te King sont un thésaurus de plusieurs auteurs anonymes.
La pensée taoïste n’est pas une parole révélée, à chacun de trouver son chemin au quotidien. Elle ne nous dit pas comment vivre car elle n’impose aucune discipline de vie ni méthode particulière. Elle conseille simplement de se libérer de toutes les questions métaphysiques qui encombrent l’esprit.
Le Tao, pensée non intellectuelle, s’enseigne sans mots ; c’est un chemin qui se fait en cheminant, implique une « perfection morale, faite d’impartialité, d’élévation et donnant la quiétude ». Le Tao prône les valeurs et la vertu de l’homme seul face à lui-même ayant au plus profond de lui toutes les réponses aux questions qu’il se pose pour parvenir à l’illumination et à l’harmonie.
Le Tao n’a d’autres lois que lui-même, il est caché, sans nom. Le Dao De Jing (Tao Te King) s’ouvre sur cette phrase : « Voie qu’on énonce n’est pas la Voie, nom qu’on prononce n’est pas le Nom ».
Le Tao n’a rien à voir avec un dieu créateur, il précède l’acte créateur mais sous-tend l’émergence de l’ensemble des phénomènes. Il est à la fois le vide à l’origine de tout ce qui existe et le but à atteindre pour les taoïstes. Son mode d’expression est d’être, il s’exprime dans la nature.
Le TAO engendre l’Un, l’Un engendre le Deux : Yin/Yang, le Deux engendre le Trois : Ciel, Terre, Homme, le Trois engendre les Dix mille êtres : tout le reste.
Les événements et les phénomènes se produisent selon une forme de coopération spontanée, une dynamique inhérente à la nature des choses.
Joseph Nedham le définit ainsi :
« Le mot clé de la pensée chinoise est ‘ordre’ et avant tout ‘modèle’…
Les choses se comportent d’une certaine manière, non à cause des actions ou des impulsions d’autres choses, mais parce que leur position dans le mouvement éternel d’un univers cyclique était telle qu’elles furent dotées d’une nature intrinsèque qui rend son mouvement inévitable…»
Toutes les formes qui surgissent du Tao sont interdépendantes.
L’homme fait partie de ces formes, il est interdépendant du “grand tout”. C’est à ce titre qu’il peut expérimenter le Tao par l’esprit, de l’intérieur, mais qu’il ne peut jamais le rationaliser de l’extérieur, par l’intellect.
“L’homme suit les voies de la Terre, la Terre suit les voies du Ciel, le Ciel suit les voies de la Voie et la Voie suit ses propres voies.”
Lao TSEU
La Chine est un pays profondément rural, la pensée Chinoise traditionnelle s’est inscrite dans le naturalisme qui s’étend au cosmos tout entier. Une philosophie ancestrale qui a pris naissance il y a plus de deux mille cinq cent ans et a été bâtie par plusieurs maîtres taoïstes tels que Laozi et Zhuangzi.
Elle repose sur l’observation de la nature et son fonctionnement, de la création et de la transformation de toute chose. Nature tranquille, éléments déchaînés, aléas ont conduit les Chinois à construire une vision plus intuitive, plus analogique, plus holistique du monde.
Tout est énergie dans l’univers ; tout ce qui est résulte d’un mouvement d’échange entre deux forces opposées et complémentaires ; l’être humain constitue un ensemble indivisible et interactif, microcosme en permanente adaptation avecle macrocosme universel et infini.
« Le Ciel est en haut, la Terre est en bas ; les êtres vivent entre le Ciel qui les couvre et la Terre qui les porte », ce n’est pas une philosophie de l’au-delà, ni une philosophie de l’en –deçà. Elle est les deux à la fois : « Elle ne s’écarte pas des activités ordinaires quotidiennes et pourtant elle se dirige tout droit vers ce que laisse pressentir le Ciel ». Philosophe néo-confucéen –dynastie Song
Le Ciel et la Terre se font face. Les souffles du Ciel sont à l’origine de la création de la vie. Ils transmettent les informations à la Terre, qui les réceptionne, les stocke, les transforme et les restitue. Ce qui se produit entre eux provient toujours de l’un et de l’autre. La vie humaine se déroule dans cet espace médian en reproduisant le mouvement toujours recommencé du Ciel à la Terre. Cet espace est nommé « souffle de l’espace médian » là où les souffles yang rejoignent les souffles yin.
La vie humaine se lit donc au travers d’un double mouvement : d’abord lever la tête vers le Ciel pour observer les grands mouvements qui naissent ; puis abaisser le regard sur la Terre pour analyser les transformations engendrées.
L’homme positionné entre « Ciel et Terre », est constamment en relation avec son environnement, il doit s’adapter au changement perpétuel et immuable de la nature, à l’alternance des saisons, à la succession des devoirs ou des travaux de l’existence, aux cycles du travail et du repos, de la vie et de la mort. En s’ouvrant à la nature, en s’adaptant à elle plutôt que d’essayer de la dominer, il peut maintenir un équilibre dynamique nécessaire à sa survie et à son bien-être.
La réussite de tout projet, dans la tradition Chinoise, résulte de l’interaction de trois facteurs : Individu – Espace – Temps. C’est en fonction de notre potentiel, de nos motivations, de notre engagement mais aussi de la configuration de nos espaces de vie ou de travail et de l’installation de notre ouvrage dans le temps que nos projets sont ralentis ou optimisés. De l’équilibre de ces trois facteurs naît le « changement » donc la construction, le devenir.
Le TAO est une Voie. En se conformant par le cœur et l’esprit aux lois naturelles, on trouve la Voie. En suivant le cours du Tao, vous vivez en harmonie avec son ordre et capter une énergie puissante. La force vous habite, vous vivez heureux et longtemps.
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